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Le Don - 1er extrait

Publié le par Yannick Giammona

Avant de faire un point pour vous sur mes démarches en ce qui concerne l'édition et l'auto-édition, cette semaine j'ai décidé de vous mettre un nouvel extrait d'une de mes nouvelles.

On change de texte, puisqu'il ne s'agit plus de la nouvelle "De l'autre côté du miroir", dont vous avez déjà eu deux extraits. Pour celles et ceux qui veulent la découvrir en entier, désolé mais il faudra attendre qu'elle soit éditée !

Cette semaine, on va donc passer à une autre nouvelle, qui s'intitule "Le Don". Je vous laisse découvrir l'univers dans lequel je suis parti, et je ne vais vous donner qu'une seule indication : c'est la toute première nouvelle que j'ai réussi à mener à son terme, et je n'en suis pas peu fier ! 

Pour celles et ceux qui le souhaiteront, comme d'habitude, vous pourrez me laisser vos commentaires et vos critiques en message ci-dessous, j'attends bien sûr vos réactions, qu'elle soient bonnes ou mauvaises.

Avant de vous laisser, je vous annonce d'ores et déjà que la semaine prochaine il n'y aura pas d'extrait, mais comme je le mentionnais en préambule à cet article, nous ferons ensemble un point sur les démarches que j'ai menées en ce qui concerne l'édition. En effet, mon choix va sûrement se porter sur l'auto-édition, mais on en reparlera la semaine prochaine. En attendant, voici le premier extrait de la nouvelle "Le Don".

 

 

1

 

Moi, c'est Zoé. Je suis une petite fille de huit ans, et je suis en CE2. Comme tous les enfants de mon âge, je vais tous les jours à l'école. Cela fait deux ans que j'y vais aussi le mercredi matin. Avant on n'y allait pas, mais je ne me rappelle plus pourquoi, maintenant on doit y aller. Alors on fait ce que l'on nous dit, pas trop le choix. En classe, tout se passe bien pour moi : j'écoute la maîtresse, parce que j'ai envie d'apprendre des tas de choses, et je travaille bien. Et je dirais même très bien : je fais toujours mes devoirs à l'avance, et il est rare que je n'arrive pas à faire les exercices donnés par la maîtresse. Il y a aussi ma meilleure amie à mes côtés pour m'aider les rares fois où je n'y arrive pas. Ma meilleure amie, elle s'appelle Clara. Je la connais depuis la maternelle, et on ne se quitte jamais : dès que je peux, je l'invite à la maison, ou alors je suis invitée chez elle. C'est un peu ma confidente, en plus d'être ma meilleure amie.

Par contre, je ne suis pas comme toutes les petites filles de mon âge... Enfin, pas tout à fait. C'est difficile à expliquer. Quand on me voit, on ne peut pas s'apercevoir que j'ai un petit quelque chose qui fait de moi une enfant unique en ce monde. Ce petit quelque chose, il me fait même peur. Car je ne le maîtrise pas totalement, et que je ne pense pas qu'un autre enfant ait ce petit quelque chose (Je suis désolée, mais j'ai du mal à donner un nom à ça). Je m'explique : j'ai une sorte de pouvoir, de don, appelez-le comme vous le voulez. Parfois, j'entends les gens parler alors qu'ils n'ouvrent même pas la bouche. Je suis capable, en quelque sorte, de lire dans leurs pensées, de savoir ce qu'ils vont dire avant qu'ils ne le disent. J'entends des voix dans ma tête, et je sais que ce sont les pensées des personnes qui m'entourent...

J'ai toujours vécu avec ce genre de pouvoir. Au plus loin que je me souvienne, j'ai toujours été capable de lire dans les pensées des gens. Mes parents n'ont jamais essayé de me cacher le fait que j'étais dotée de cette particularité. Ils m'ont même raconté que ça avait débuté quand j'avais environ deux ans.

Je ne m'en rappelle pas, j'étais bien sûr trop jeune, et à ce moment-là, je commençais à peine à parler. Un soir, alors que mes parents regardaient la télévision, je jouais dans mon parc qui était placé dans le salon, non loin du canapé où mes parents se trouvaient. Papa et maman regardaient la météo, et alors qu'ils ne disaient rien, j'ai répété mot pour mot ce que pensait maman en voyant le temps maussade prévu pour le lendemain : « Encore un dimanche où on ne va pas pouvoir aller se promener avec la petite ! » Apparemment, j'ai répété toute cette phrase sans me tromper, ce qui a estomaqué mes parents. Surtout maman... Au début, quand elle a raconté ce qu'il se passait à papa, il a éclaté de rire. Mais son sourire s'est effacé quand j'ai aussi répété ce qu'il pensait : « Mais qu'est-ce qu'elle est en train de me raconter là ? Elle devient folle ou quoi ? » J'étais morte de rire, mais mes parents étaient effrayés. Par la suite ils ne s'en sont pas inquiétés plus que cela, car jusqu'à mes 6 ans, ce phénomène ne se produisait que trop rarement.

De temps en temps, je pénétrais dans la tête des gens et j'arrivais à lire dans leurs pensées. Une fois, ça m'est arrivé chez le médecin. Alors que j'avais dû partir de l'école, malade, on était allé chez le médecin avec maman. J'avais 5 ans. Après avoir décrit tous mes symptômes, maman attendait son verdict. Il n'a pas eu besoin de parler. Je me suis retournée vers maman, et je lui ai dit : « Le docteur il dit que c'est pas la grippe parce que je suis vaccinée, mais que ça doit sûrement être une petite bronchite. » Je n'ai pas de mots pour expliquer le malaise vécu par maman. Heureusement, le docteur n'a pas du tout était choqué... Il m'a tout de suite répondu :

- Et alors, ma petite Zoé, comment peux-tu savoir ce que j'ai dit alors que je n'ai pas bougé les lèvres ?

- C'est vrai que vous avez pas bougé les lèvres, mais j'ai entendu.

- Oui, je comprends... Et tu as très bien entendu, car c'est exactement ce que j'ai pensé.

Ce jour-là, le médecin parla pendant un long moment avec maman, alors que j'étais dans la salle d'attente. Il lui expliqua ce qu'il savait sur mon don. Car il savait des choses. Il avait dû étudier cela dans son école pour médecins. Enfin, j'imagine... Du coup, mes parents s'inquiétèrent moins de m'entendre répéter ce qu'ils pensaient, car cela m'arrivait de temps à autre.

Mais c'est devenu moins marrant après mes six ans, quand ce don s'est développé et qu'il est devenu plus puissant. Je captais de plus en plus les pensées des gens, et j'entendais de plus en plus de voix dans ma tête. Cela m'embrouillait le cerveau, et par moment j'avais l'impression de devenir folle. Jusqu'à ce jour, où j'ai huit ans, ça n'a pas arrêté de s'amplifier. Maintenant, je me sens fatiguée, car j'ai de plus en plus de mal à gérer ce don. Maman a demandé de l'aide au docteur Clarke, qui sait ce que j'ai. J'ai rendez-vous chez lui tout à l'heure. Il a dit qu'il allait essayer de m'aider à gérer mon pouvoir. J'espère que ça va marcher...

 

2

 

Comme d'habitude, dans la salle d'attente du docteur Clarke, il y a un peu de monde, et les gens n'arrêtent pas de regarder leur montre ou leur téléphone portable car le docteur est en retard. Maman, qui m'accompagne, a pris une revue féminine qu'elle lit tranquillement. Moi, pour attendre sans m'impatienter, j'ai amené une bande dessinée que j'adore lire : les aventures de Tintin. J'ai découvert ça à la bibliothèque de l'école, et depuis je les emprunte tous les uns après les autres et j'adore les dévorer du regard. Après une bonne demi-heure d'attente, le docteur Clarke vient nous chercher. Enfin, il vient me chercher. Car, comme il l'explique à maman, il souhaite me voir toute seule pour parler de mon don et du problème qu'il pose. Sans poser plus de questions, maman accepte et me laisse partir avec le docteur.

Une fois que nous sommes arrivés dans son cabinet, il ferme la porte derrière lui et me fait signe de m'asseoir sur une des chaises installées face à son bureau.

- Alors, Zoé, comment vas-tu ?

- Ça va, merci. Mais je crois que ça pourrait aller mieux.

- Ah oui, qu'est-ce qu'il t'arrive ? C'est à cause de ce don, si j'en crois ce que m'a expliqué ta maman au téléphone.

- Oui, c'est ça... Je ne sais pas trop comment vous le dire, mais... J'ai l'impression que c'est plus fort qu'avant.

- Ah ? Essaie de m'expliquer simplement ce qu'il se passe.

- Avant, je ne me rendais pas vraiment compte quand j'entendais les voix dans la tête des gens. Et ça n'arrivait pas souvent. Mais depuis quelques temps, ça arrive de plus en plus, et j'ai aussi l'impression d'entendre plusieurs voix en même temps.

- Je vois... Est-ce que cela t'est déjà arrivé de lire dans les pensées des gens quand tu étais dans un endroit où il y a du monde ? Un magasin, dans la rue, ou ailleurs ?

- Oui, ça m'est arrivé à l'école il y a quelques jours. C'était horrible !

J'avais l'impression que plusieurs enfants me parlaient en même temps, alors que j'étais assise toute seule dans un coin de la cour ! Et ça m'a donné un mal de tête énorme...

à ces mots, je me sens bizarre, et je me mets à parler de plus en plus fort et je sens que j'ai chaud, que je transpire un peu.

- Calme-toi, Zoé. Ce n'est pas grave, on est là pour faire en sorte que les choses s'arrangent.

- Oui, je sais, mais j'ai peur... Ce don me fait peur, docteur Clarke !

- Bon, j'ai peut-être une idée pour t'aider à contrôler le don. On va essayer de la mettre en place, viens.

Le docteur Clarke me fait signe de venir m'allonger sur la table d'auscultation. Je le suis, et m'exécute. Il s'assoit sur une chaise, placée à côté de moi. Le docteur me demande de fermer les yeux, et d'écouter attentivement sa voix.

- Vous allez m'hypnotiser ? Je lui demande cela avec de la crainte dans la voix.

- Mais non, Zoé ! Que tu peux être naïve parfois... Je vais te demander d'imaginer quelque chose, un endroit un peu spécial pour t'aider à contrôler les voix que tu entends. Tu es prête à faire ça pour moi ?

- Oui, si c'est vraiment possible, je veux être capable de contrôler cedon.

- On va essayer, ça ne coûte rien. Garde bien les yeux fermés, ne triche pas !

- Non, non, c'est pas mon genre vous savez !

- Bien. Tu vas imaginer que tu es dans une très grande maison, toute

vide. Il n'y a rien dans cette immense maison. À l'intérieur, tout est blanc, d'un blanc pur et immaculé. Les murs sont blancs, le plafond est blanc, et le sol est fait de carreaux blancs.

- Mais, il y a plusieurs pièces dans cette maison, dis-je.

- Non, il n'y a qu'une seule et immense pièce toute blanche. Cette pièce est tellement grande que tu n'en vois pas la fin. Tu ne vois que du blanc.

- C'est paisible de ne voir que du blanc.

- Oui, et je vois que tu arrives à te l'imaginer cette maison.

- Je crois bien que c'est en train de fonctionner...

- Bien, alors continuons. Dans cette immense pièce, il n'y a qu'une  porte, blanche elle aussi, et une petite fenêtre sur ta gauche. La fenêtre est blanche, et tu ne vois que du blanc à travers les vitres.

- Pourquoi du blanc docteur ? Pardon, je suis curieuse...

- Non, tu as raison ! Je te demande d'imaginer cette maison avec seulement du blanc car cette couleur représente la tranquillité, et pour ne plus entendre de voix tu en as grandement besoin.

- D'accord. !

- Bon, maintenant, tu vas imaginer que tu ouvres la porte pour entrer dans cette pièce. C'est bon ?

- Oui. Je pousse la porte, et je rentre dans la grande pièce blanche.

- Dis-moi ce que tu vois.

- Rien, enfin je veux dire que du blanc, partout.

- Très bien. Referme la porte derrière toi. Quand tu es dans cette pièce, avec la porte et la petite fenêtre fermées, tu ne peux plus entendre les pensées des gens.

- Ça va vraiment marcher ?

- Ça devrait. Et si tu veux entendre les voix, tu n'as qu'à ouvrir la fenêtre, ou passer par la porte pour sortir de la maison.

- D'accord. Vous êtes vraiment sûr que ça va marcher ?

- Faisons un essai, veux-tu ? Sors de la pièce et ouvre les yeux.

Je m'exécute. Dans ma tête, j'ouvre à nouveau la porte blanche et sors de la pièce. À ce moment-là, j'ouvre les yeux et vois le docteur, toujours installé sur sa chaise.

- Maintenant, concentre-toi pour entendre ce que je pense.

- Euh... Je ne sais pas faire, docteur.

- Tu n'as rien à faire. Laisse le don agir.

Ce que je fais. D'un coup, j'entends la voix du docteur Clarke sans que ses lèvres ne bougent. Il dit : « Zoé, tu es une gentille petite fille et je vais t'aider. »

- C'est bon, docteur, j'ai entendu ce que vous pensez. Et je vous

remercie d'essayer de m'aider et de dire que je suis une gentille fille.

- De rien, Zoé. Maintenant, je vais à nouveau penser la même chose.

Mais avant, tu vas encore fermer les yeux et pénétrer dans la grande pièce blanche.

Je ferme les yeux, puis j'ouvre la porte et me retrouve dans l'immense pièce blanche. Le docteur me parle :

- Maintenant que tu es dans la pièce blanche, je vais penser la même

chose que tout à l'heure.

Il se passe bien cinq minutes pendant lesquelles je suis dans la grande maison, attendant que les pensées du docteur Clarke m'atteignent, comme tout à l'heure. Mais rien ne se produit.

- Tu n'entends pas ma voix, Zoé ?

- Non, rien du tout, docteur.

- Bon, va ouvrir la fenêtre et dis-moi ce qu'il se passe.

Dans ma tête, je me dirige vers cette petite fenêtre, l'ouvre et entends tout de suite la voix du docteur. Il est en train de répéter la même phrase que tout à l'heure.

- J'entends à nouveau votre voix, docteur, vous dites la même chose

que tout à l'heure !

- Bien. Pourtant tu peux ouvrir les yeux et voir que je ne bouge pas les

lèvres.

J'ouvre les yeux, entends encore la voix du docteur et me rends compte qu'il n'est pas en train de parler.

- Une dernière chose Zoé.

- Oui ?

- Ferme à nouveau les yeux, puis ferme la fenêtre.

- D'accord.

Je fais ce que le docteur me demande, puis j'attends. Au bout de quelques minutes, il pose sa main sur mon bras droit et me dit que l'essai semble concluant. Je sors de la pièce, referme la porte et ouvre les yeux. Je ne m'en rends pas compte tout de suite, mais un grand sourire illumine mon visage. Le docteur me fait signe de revenir m'assoir face à son bureau.

- Voilà, Zoé. À chaque fois que tu entends des voix qui se mélangent

dans ta tête, pense à la grande maison blanche. Ferme les yeux quelques secondes, ouvre la porte et rentre à l'intérieur de cette immense pièce. Et n'oublie pas de vérifier que la fenêtre est bien fermée. Tu verras, tu n'entendras plus aucune voix. Et tu pourras rouvrir les yeux sans sortir de la pièce. Ça devrait marcher.

- Merci beaucoup docteur, lui dis-je.

De retour dans la salle d'attente, où maman n'avait pas bougé (elle avait seulement rangé son magazine et m'attendait patiemment), j'explique en lui parlant à l'oreille ce que nous venons de faire avec le docteur. Tout sourire elle aussi, elle le remercie et nous rentrons à la maison.

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